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Blogue Informatif de Massage Plus

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C'est avec plaisir et émotion que je reçois la nouvelle

Timothy Leary

Timothy Leary

Bonjour Gilles,

 

C'est avec plaisir et émotion que je reçois la nouvelle de cette nouvelle édition de Neurologic en français, par tes bons soins, ainsi que tu auras fais le nécessaire pour que soit disponible, sous forme d'e-book, L'expérience psychédélique, traduite par Frédéric Streicher, et qui ne trouvait moyen de se diffuser (me trouvant moi-même englué dans la civilisation du "vieux livre" en papier, et n'ayant plus les moyens d'imprimer…).

 

Je recherchais pour l'occasion s'il y en avait déjà eu une édition, eh oui, je ne l'avais jamais vue, mais en 1977, un éditeur de par chez vous, basé à Montréal, portant le joli nom de "la petite Aurore", l'avait bien fait traduire et publié en français (et je suppose que c'est cette traduction que tu auras récupérée).

 

On trouve ça pour 200 euros sur je ne sais quel site… Et sinon rien, le livre est englouti dans l'immense poubelle de la mémoire universelle.

 

Or, au passage, je découvre aussi la phrase que cet éditeur québécois avait choisie de mettre en accroche sur la couverture de cette unique édition française de Neurologique : "Il n'y a pas de “maladies mentales”, il n'y a que des circuits nerveux inconnus ou mal explorés."

 

La profondeur de l'humanisme qu'une telle phrase suffit à révéler laisse simplement sans voix.

 

Pour fêter ça, je viens de manger un de ces petits biscuits au chocolat que mon dernier fournisseur a eu le mauvais goût d'utiliser pour conditionner de micro-doses de LSD – 10 biscuits faisant la dose, ce qui peut sembler rigolo (et surtout super malin pour camouflage parfait), mais reste un brin plus indigeste que le buvard du temps de papa Leary… et rappelle l'horrible pot de mayonnaise par lequel tout ça est arrivé…

 

Pour rafraîchir ma mémoire, je viens de faire une rapide recherche sur ce fameux pot de mayonnaise par lequel le LSD fut présenté à Timothy Leary. C'était en 1961, quand j'étais bébé. Le LSD était légal, et on connait l'histoire de ce chercheur anglais basé à New York, Michael Hollingshead qui recevra un gramme de LSD-25, pas plus, qu'il diluera donc dans un pot de mayonnaise pour en faire cinq mille doses avec lesquelles il révèlera le LSD à Leary, mais pas seulement à lui : Burroughs, Ginsberg, Donovan, Charlie Mingus, Keith Richard, Paul McCartney, Alan Watts, Georges Harrison, John Lennon ou Roman Polanski… par exemple.

 

Au détour de la bibliographie je découvre cette référence que je n'avais jamais vue :

 

  • Hollingshead, Michael & Timothy Leary, George Litwin, Günther Weil, Richard Alpert (1962) The Politics of the Nervous System. - The Bulletin of the Atomic Scientists (1962) by Atomic Scientists of Chicago, Educational Foundation for Nuclear Science (Chicago, Ill.) (response to Psycho Chemicals as Weapons by Dr. E. James Lieberman - January 1962)

 

 

On en était alors précisément là, où le LSD-25 découvert par Albert Hoffman, en 1943, au plus profond de la nuit, cherchait son application dans la Guerre froide "as weapon"… comme arme de non-destruction massive, pourrait-on dire. Les militaires analysaient que cette substance, dont de si faibles doses produisaient de si fantastiques effets, pourrait être administrée à l'adversaire d'une manière ou d'une autre pour le mettre hors d'état de se défendre.

 

C'était astucieux. Zéro destruction, zéro morts, une simple incapacitation temporaire, et la bataille était gagnée… La chimie permettait décidément des prodiges plus intéressants que le gaz moutarde. On a une petite idée des fortunes que l'armée américaine engloutira alors dans la recherche de cette piste prometteuse, avec ce qu'on a appelé le programme MK-Ultra. (Un programme aussi cher que la bombe atomique, m'est-il arrivé de lire.) On sait aussi que l'orientation générale de ces recherches passera vite de l'hypothèse purement militaire à celle plus policière du mind control, le contrôle des esprits.

 

Me plongeant dans la documentation [et les mémoires de Hollingshead : http://www.psychedelic-library.org/holl1.htm], je découvre aussi que le fameux pot de mayonnaise n'avait de mayonnaise que l'étiquette… car c'est en fait à base de sucre glace que Hollingshead aura fait son mélange dans ce pot… C'est là qu'on apprend aussi comment la livraison lui aura coûté 285 dollars, quand même, à l'angle de la 4ème rue et de MacDougal, en plein Greenwich Village, à New York. (Au-dessus de Da Reggio, pendant longtemps le seul endroit où l'on pouvait boire un café serré dans tout Manhattan, en dehors de Little Italy, dont il marque en quelque sorte la limite nord, mais en plein quartier étudiant, au coin de la rue où Anaïs Nin avait eu aussi son atelier-imprimerie.)

 

La personne à qui Hollingshead n'aura pas fait découvrir le LSD, c'est Aldous Huxley, qui l'avait déjà goûté avant – et qui l'avait mis sur la piste du LSD de Sandoz alors que Hollingshead lui demandait comment se procurer de la mescaline, dont l'expérience avait inspiré à celui-ci ses Portes de la perception, le premier manifeste psychédélique. Et c'est Huxley aussi qui suggéra à Hollingshead de s'adresser à Leary, "a splendid fellow". "S'il y a un seul chercheur en Amérique que cela vaille la peine de voir, c'est le Dr Leary", garantissait le philosophe.

 

Et c'est ainsi que tout aurait commencé. En fait, comme on sait, il y a une autre source au psychédélisme de ces années, c'est la découverte par Robert Gordon Wasson et sa femme Valentina Pavlovna de l'usage des champignons mexicains, qui avait déjà mis Tim Leary sur la piste de la plus grande révolution de notre temps.

 

(Comme la micro-dose de LSD que j'ai absorbé il y a maintenant presqu'une heure tarde à faire son effet, je me suis roulé un gros joint à base de haschich marocain, et ça commence à monter.)

 

Car c'est bien la puissance du LSD – cinq mille fois plus grande que celle de la mescaline, dit-on – qui produira un véritable saut qualitatif dans ce processus qui prendra alors sa dimension que l'on peut qualifier de révolutionnaire si le terme à un sens, tant c'est bien à une révolution complète de l'individu sur lui-même, et dans le monde, que va provoquer la grande dissémination du LSD et de tant d'autres psychédéliques à sa suite.

 

Et c'est probablement à Tim Leary lui-même que l'on doit ce fait révolutionnaire, voulu comme tel, de la grande diffusion, de la propagation messianique pourrait-on dire, que connaîtra alors, d'abord à Harvard – où il était parvenu à instituer une chose aussi belle que le Harvard Psychedelic Project… –, puis dans l'ensemble de la jeunesse américaine – se propageant bien vite à l'ensemble de la jeunesse du monde occidental puis du monde entier –, la petite trouvaille d'Albert Hoffman destinée jusque-là à une diffusion très élitiste, parmi les artistes, comme le haschich au temps de Baudelaire, où la mescaline qu'avaient pu connaître Aldous Huxley ou Henri Michaux plus récemment.

 

Leary conçut que c'était si bon qu'il fallait en faire profiter le plus largement possible. De toute évidence le docteur Leary était un excellent psychiatre. Il avait saisi toute la richesse de ce magnifique médicament psycho-thérapeutique présentait pour tout un chacun et pour la société dans son ensemble.

 

Non psychiatre, mais psychologue, le Dr Leary était un behaviouriste, dit-on. Il faisait des tests psychologiques pour prisonniers… Se souvient-on que Nixon l'aura qualifié de "l'homme le plus dangereux d'Amérique" ? Leary disait que, lors de son premier trip de champignons, en 1960, à Cuernavaca, il avait plus appris en cinq heures qu'en quinze années d'assez intenses études et recherches universitaires. Sait-on que c'est pour sa campagne aux élections pour le poste de gouverneur de Californie, contre un certain Ronald Reagan, que Lennon aura composé Come together, ce premier slow de mes treize ans ? "I know you, you know me, One thing I can tell you is you got to be free"

 

Come together, right now,
Don't come tomorrow, don't come alone,
Come together, right now, over me,
All that I can tell you
Is you gotta be free.

 

disait la version de campagne, improvisée par Lennon, avant de servir de matrice à l'un des plus grands succès des Beatles, ce slow de mes treize ans.

 

*

 

Je me rends compte que c'est aujourd'hui le jour des morts, le plus beau jour pour rendre hommage à l'auteur du livre tibétain des morts, lui même mort, en 1996, il y a bien des années maintenant, et qui aurait sûrement aimé qu'on le fête à la mexicaine.

 

Car le mort renait encore de ses cendres, même après sa dispersion dans le cosmos, avec la mise en libre accès de ses archives acquises par la bibliothèque de New York en 2011, et qui devrait être accessibles depuis quelques semaines, pour l'été indien 2013...

 

 

 

 

 

 

*

 

Il s'était engueulé avec Albert Hoffman, lors de leur rencontre en Suisse, alors que Leary était en cavale… – ah les cavales de Leary…! quel incroyable roman… –, Hoffmann lui reprochant justement d'avoir démocratisé ce qui n'était pas destiné à l'être. On sait combien l'ami d'Hoffmann, Robert Gordon Wasson, transgressa ce principe élitiste, en racontant sa quête des champignons hallucinogènes à la une de Life magazine, dont la diffusion atteignait à l'époque des sommets. C'était bien d'ailleurs ce qui avait mis le très banal docteur Leary sur la piste de ces champignons qui allaient changer sa vie et la face du monde.

 

Gordon Wasson diffusait néanmoins ses livres à six cent exemplaires, et son œuvre maîtresse Mushrooms, Russia and History, n'a jamais été rééditée à ma connaissance – mais voilà qu'on en trouve un pdf sur le net [http://www.newalexandria.org/archive/MUSHROOMS%20RUSSIA%20AND%20HISTORY%20Volume%201.pdf], et j'ai pu "l'ouvrir" à l'instant pour la première fois, découvrir que c'est un livre écrit par Valentina Pavlovna en fait... Si Robert Gordon Wasson et Valentina Pavlovna avaient si puissamment apporté à la révolution psychédélique, c'était bien malgré eux, probablement embobiné par leurs amis Luce, les patrons du magazine, qui les auront appâté en confiance.

 

Je crois bien que Leary aussi aura aussi bénéficié de la promotion des Luce – comme de la presse assez largement –, comme tant de monde profitait des largesses promotionnelles que ce vieux couple respectable pilotait avec un humour qui serait admirable sans l'ombre de la CIA qui rôde partout, à tous les quatre coins de cette aventure sans nom, où l'espèce s'est soudain projetée dans son avenir, comme Leary l'aura visualisé mieux que personne.

 

*

 

Start your own religion – était un pamphlet que Leary publiait en 1967, suggérant à tous de s'abriter derrière le premier amendement, la liberté d'expression d'abord instituée pour protéger la valeur première de l'Etat des Pilgrims, la liberté religieuse, absolue, qui permettait par exemple d'utiliser le LSD comme sacrement, ainsi qu'il l'avait institué dans sa League for Spiritual Discovery, sa propre religion, une association déposée comme telle qui ne pouvait avoir plus de 360 membres, ce pourquoi il invitait tout un chacun à faire la sienne… Pied de nez philosophique et juridique à la fois. Start your own nation, dit-il aussi. En un mot, proclamez votre indépendance mentale.

 

*

 

Une autre de ses polémiques interviendra avec Elridge Cleaver, des Black Panthers, avec qui il se retrouvait réfugié à Alger. Cleaver conclura que la révolution se passerait des hippies – et les hippies se passeront en effet de révolution.

 

 

 

Des histoires drôles et tristes n'auront pas manqué dans la jolie performance humaine de Tim Leary.

 

Il n'aura rien voulu faire d'autre qu'allumer le détonateur. Et la bombe a pété à la face du monde, comme à la sienne, à la nôtre.

 

 

Qu'est-il resté de cette explosion fantastique ? Rien, nous, peu de choses, des humains à la fois très sûr d'eux et plus perdus que jamais.

 

 

 

Qu'est-ce qui n'aura pas fonctionné dans le scénario idyllique qui aurait voulu que l'illumination se propage et que l'humanité régénérée, débarrassée de son fatras de haines accumulées et inutiles, enfin consciente d'elle-même et de son être dans le monde et le cosmos, ouvre enfin une page de vérité et de justice ?

 

*

 

Je me serais promené toute ma vie dans tous les coins et recoins de cette invitation à la lucidité heureuse, mais non moins rigoureuse.

 

 

Aurais toujours pratiqué la plus sobre des recettes, ne prenant jamais la peine de lire ses manuels, et me méfiant plus que tout de la révélation mystique de son ami Alpert devenu Ram Dass et proposée d'entrée comme une clef par Alan Ginsberg, la vraie tête politique de cette révolution dont Leary accepta humblement de se faire l'apôtre.

 

*

 

L'homme qui avait apporté son cœur et son esprit pour entraîner l'humanité plus loin se retrouvait pourchassé par les flics et condamnés à trente ans de bagne. Il s'évadera.

 

Les Weathermen, ce groupe "terroriste" avant la lettre, acceptera les trente mille dollars collectés par des amis dealers pour aider à s'enfuir du désert l'archange de l'humanité nouvelle.

 

 

On se souvient qu'arrivant en prison, Leary n'eut pas de mal à répondre aux tests psychologiques qu'il avait lui-même participé à forger (l'un s'appelant carrément le "Leary Interpersonal Behavior Test"…) Il orienta simplement ses réponses de façon à induire la solution qu'il fallait l'affecter au jardinage. Et c'est ainsi qu'il facilita son évasion…

 

 

 

 

On raconte aussi que, repris à l'aéroport de Kaboul – par des flics américains qui n'avaient pas beaucoup d'égards pour le droit à l'heure de capturer "l'homme le plus dangereux" –, il n'eut d'autre recours que de collaborer avec la justice – et l'on voudrait qu'il ait alors donné ses camarades des Weathermen, mais c'est faux, il n'aura parlé pour révéler des choses déjà sues ou sans importance qu'après en avoir informé les Weathermen et obtenu leur accord : "on comprend", fut le message qui lui parvint au fond de sa prison à sécurité renforcée.

 

Il faudra finalement, en 1976, une grâce d'un nouveau gouverneur de Californie, Jerry Brown – et il n'est pas interdit de penser que les anges protecteurs du LSD ont su lui rendre grâce, lorsqu'on voit qu'aujourd'hui, près de quarante ans plus tard, Jerry Brown est toujours gouverneur de Californie…

 

*Leary survivra aux terribles années 80, avec Reagan et Mitterrand au pouvoir, en participant à des shows dans lesquels il incarnait l'homme de gauche, confronté à un assistant de Nixon qui avait fait de la prison, comme lui, mais pour cause de Watergate, après avoir été le premier persécuteur de Leary...

 

Terrible reflux.

 

C'est en prison que Leary écrira Neurologic. Est-ce pour ça qu'il aura voulu aussi fort atteindre l'outer space ? Son livre suivant, écrit aussi en prison, s'appellera significativement A Way Out, et décrirait de façon détaillée un plan de colonisation de l'espace…

 

Puisque l'évidence de ce qu'il y avait à dire n'avait pas été reçue, puisqu'on osait enfermer la conscience derrière des barreaux, il ne serait plus resté à celle-ci que le choix de la grande évasion, dans un cosmos incompris que Leary était prêt à conquérir tel un nouveau Christophe Colomb.

 

C'était bien sûr d'une métaphore qu'il s'agissait, car son véritable propos, c'était bien l'exploration de l'inner space, ces circuits nerveux inconnus, "mal explorés", cette part d'inconnu, cette part d'ignorance qui autorise à penser une chose telle que la maladie mentale.

 

Tim Leary sera vu comme un fou – ou un prophète ? –, alors qu'il voyait mieux que personne, Chaos et cyberespace, la nouvelle ère, née de la révolution psychédélique qu'il avait promue, reconnaissant sans hésiter que cette deuxième naissance recelait de plus grandes promesses encore.

 

*

 

On lui reproche facilement aujourd'hui d'avoir pu dire, en soutien à ses complices des Weathermen, que "tuer un flic génocidaire robotisé en défense de la vie est un acte sacré"... A l'heure où les flics sont en voie de sacralisation, sûr que ça frôle le blasphème…

 

On lui reproche son sourire de réclame de dentifrice, mais on sait aujourd'hui que cela découlait d'une forte recommandation de Marshall McLuhan, le chantre du village global, son deuxième père, qui lui donnera ses conseils de marketting, en même temps que son slogan, "Turn on, tune in, drop out !".

 

Son premier père indiscutablement, Aldous Huxley. Il lui insufflera la conviction qu'on avait là un moyen d'enlightment, pour inaugurer une nouvelle époque de Lumières en ouvrant l'esprit de ceux qui conduisent le monde. C'est en fait Ginsberg qui prendra en charge cette partie là du programme – le véritable programme d'Huxley, la diffusion dans les élites –, prenant son bâton de pèlerin pour convertir un par un les artistes, les intellectuels, les "leaders d'opinion", les notables en somme. Leary n'avait retenu du programme d'Huxley que son prémisse : il y avait là un moyen d'éclairer l'esprit… de tous. Pas seulement des élites…

 

*

 

Il ne sera pas innocent par contre d'avoir tartiné de la mystique orientale, comme Ginsberg, les Beatles et tant d'autres, et participé à inventer la religion de notre temps, le new age, ouvrant la voie au retour du religieux qui tétanise le monde à ce jour. De même qu'on peut lui reprocher d'avoir proposé des rites ineptes pour la prise de LSD, qui se devait, qui se doit et qui se devra d'être libre, puisque précisément le psychédélique sert à libérer l'esprit, et non à l'enchaîner.

 

Comme Gordon Wasson avant eux, ils avaient refait le parcours des religions, qui effectivement avaient asservi la conscience en réservant l'usage des psychédéliques à ses rites, ses Mystères d'Eleusis, mais au lieu d'en faire la lecture critique qui s'imposait, au lieu de comprendre que c'est ainsi que les prêtres avaient fondé leur pouvoir, ils reprendront le chemin de la même erreur. Huxley avait réussi à glisser dans le package l'antidote ; la bombe était sous contrôle.

 

Vertige de la philosophie. L'arme révolutionnaire se diluerait dans la contemplation intérieure, la conscience du monde se suffirait à elle-même ; c'était raté.

 

Mais Leary n'eut aucun mal à abandonner son église, pour reprendre sa quête.

 

 

*

 

Avant Neurologic, où il identifiait huit niveaux de conscience, il n'en avait recensé que sept, dans un petit essai, je suppose introuvable, The Seven Tongues of God. Mais si, je l'ai trouvé : http://www.luminist.org/archives/7tongues.htm

 

En le survolant, on n'est pas forcé d'être d'accord avec tout, comme par exemple sa théorie (bouddhiste ?) contre les "émotions". On y trouve cette phrase : "Les émotions sont le plus bas niveau de conscience." On comprend qu'il prétend combattre là tout le mal fait par le romantisme. Mais cette espèce de neutralité bouddhique est-elle autre chose que, là encore, une forme de prise de pouvoir ? Et si, au contraire, il y avait, cachée dans l'émotion, la plus haute forme de conscience ? S'il fallait opposer l'émotif au rationnel, ne dirait-on pas plutôt qu'une raison sans émotions est pire qu'un désert aride ? De même, dans l'espace : "Intelligence absolue : un astre mort qui tourne sur lui-même", disait Jorge Guillen.

 

 

Les émotions seraient toutes basées sur la peur, selon lui. La personne émotive ne peut pas penser, dit-il ; elle est déconnectée sensuellement… C'est étrange comme on a l'impression au contraire que les émotions surmultiplient la passion érotique… On n'aurait pas vu le même film en somme.

 

Moins d'intellect, plus de sensibilité, pas de religion, plus de vraie liberté.

 

Les chercheurs dans la lignée de Wasson auront ainsi tous sombré dans l'hypothèse mystique, comme frappés par l'évidence que communiqueraient les hallucinogènes. Alors que l'enquête de Wasson permettait au contraire de comprendre comment l'escroquerie religieuse s'est armée, il faudra que sa découverte ait été interprétée à l'envers…

 

Leary tombera dans ce piège comme tant d'autres, mais il conservera toujours cette fraîcheur, l'éternelle jeunesse de l'explorateur qui avait accepté de se jeter dans le bain de jouvence du LSD – sans peur. Et de cela, quels qu'aient pu sembler ses égarements jusqu'au fond du cosmos, nous ne pouvons que lui être reconnaissant. Ses erreurs seront celles de tous. Son courage n'appartenait qu'à lui. Sa générosité, son cœur, son sourire. Il laissera les passions tristes reposer dans le placard et se précipitera dans la fête de la vie comme personne.

 

Un jour, tous les dogmatismes tomberont en poussière – et on aura droit de partager un grand éclat de rire à travers le temps, le cosmos, la mort et la vie…

 

 

 

Bref, Gilles, je ne sais si tu supporteras ces notes décousues comme accompagnement de ce joli livre de Leary que tu entends publier…

 

 

T'embrasse,

 

 

Michel

 

 

Paris, le 1er novembre 2013

 

 

www.mindmirror.com www.timothyleary.org www.syti.net/LearyEvolution.html

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